Ce que deux bases apportent à une initiative partout en Afrique
On dit des entreprises implantées à la fois à Maurice et en Afrique du Sud qu’elles ont deux bureaux. La description utile est ailleurs : ce que chaque base apporte à une initiative dans un autre pays africain, et ce que le partenaire sur place en retire.
Varuna BangaleeaDirectrice générale du Groupe23 septembre 20266 min de lecture
En bref
Maurice est une plateforme. Elle offre des institutions, un accès aux conventions fiscales et un système juridique qui se lit aussi bien en anglais qu’en français. En tant que marché, elle reste petite.
L’Afrique du Sud apporte la profondeur d’ingénierie, la certification de nos pratiques de livraison et les régions hyperscaler les plus proches.
En Zambie, en Namibie et au Botswana, nous travaillons avec un partenaire local qui pilote le projet dans le pays. Nous apportons des logiciels éprouvés et une discipline de livraison.
La couverture conventionnelle est inégale. Les conventions fiscales avec le Botswana et la Namibie sont en vigueur. Celle avec la Zambie a été dénoncée en 2021 et, en Afrique de l’Est, seules celles avec l’Ouganda et le Rwanda sont en vigueur.
Un partenariat tient quand chaque partie peut dire ce qu’elle y gagne. D’abord une capacité construite dans le pays, exportée ensuite.
On dit d’une entreprise immatriculée à Ebène et qui livre depuis Centurion qu’elle a deux bureaux. C’est exact, et cela n’explique rien. Cela ne dit pas pourquoi on s’organiserait ainsi, ni ce qu’une entreprise ou une administration de Lusaka, de Windhoek ou de Gaborone gagne à travailler avec une société organisée de cette façon.
Voici notre réponse, y compris ce qui ne nous flatte pas.
Ce qu’apporte Maurice
Maurice vend des institutions. La juridiction d’appel de dernier ressort est le Judicial Committee of the Privy Council, à Londres. La loi sur l’arbitrage s’appuie sur la loi type de la CNUDCI, et la Cour permanente d’arbitrage a choisi Port-Louis pour son premier bureau permanent hors de La Haye. La Mauritius Revenue Authority recense 45 conventions de non-double imposition en vigueur. Maurice est sortie de la liste grise du GAFI en octobre 2021 et de la liste des pays tiers à haut risque de la Commission européenne en janvier 2022, et ne figure aujourd’hui sur aucune des deux.
Ce sont les faits qu’un comité d’investissement vérifie lorsqu’il demande qui protège le capital et où un litige serait tranché. Ils sont difficiles à construire et faciles à vérifier, et c’est ce qui leur donne leur valeur.
Le taux d’imposition est le point le plus faible de l’argument. La vraie raison de loger une structure à Maurice est la protection des investissements : traitement juste et équitable, protection contre l’expropriation, libre rapatriement des revenus et accès à l’arbitrage international. Pour une société opérationnelle, les exigences de substance font partie de l’intérêt. Des personnes, des locaux et des dépenses réels : c’est ce que nous y aurions mis de toute façon.
Maurice nous apporte encore une chose que l’Afrique du Sud ne peut pas construire chez elle. Le droit mauricien relève en partie du droit civil, et le pays travaille en anglais et en français. Un contrat mauricien et une équipe mauricienne sont lisibles à Abidjan, à Dakar et à Kinshasa, ce qu’un document sud-africain de common law n’est pas. L’Afrique francophone est mal servie par les entreprises technologiques anglophones, parce qu’elles ne peuvent pas constituer d’équipes de livraison en français. C’est un argument, et je préfère le présenter comme tel que de le déguiser en statistique.
Ce qu’apporte l’Afrique du Sud
L’Afrique du Sud apporte la profondeur d’ingénierie et la certification de nos pratiques de livraison. C’est là que se trouve la plus grande partie de l’équipe, là que les contrôles qualité ont été conçus et éprouvés auprès de clients réglementés, et là que se trouve l’historique d’audit. Elle dispose aussi des régions cloud hyperscaler les plus proches. Maurice offre de la colocation certifiée et une liaison fibre directe vers l’Afrique du Sud, mais une charge de travail qui exige aujourd’hui un hyperscaler dans la région part à Johannesburg ou au Cap.
Pour l’Afrique australe, la géographie aide de façon plus simple. Lusaka, Windhoek, Gaborone et Johannesburg partagent le même fuseau horaire, et Port-Louis a deux heures d’avance. Une équipe de livraison à Centurion travaille aux mêmes heures que son partenaire à Gaborone, et peut être sur place en quelques heures.
Comment cela fonctionne en Zambie, en Namibie et au Botswana
Dans ces trois pays, notre travail suit le même schéma. Un partenaire local est aux commandes. Il porte la relation, la présence dans le pays et la connaissance de la manière dont les choses se font. Nous apportons des logiciels qui ont déjà tourné en production, ainsi que la discipline d’ingénierie et de livraison nécessaire pour les adapter et les déployer.
En Zambie, cela signifie concéder sous licence à un opérateur zambien une plateforme numérique d’intervention d’urgence et de sécurité. Nous fournissons la plateforme, la mise en œuvre et le support. L’opérateur gère le service et reste maître de sa relation avec les personnes qui l’utilisent. La licence est détenue par notre société mauricienne, et c’est là que la structure justifie son existence.
En Namibie, nous travaillons aux côtés de partenaires namibiens sur des systèmes nationaux : une place de marché des compétences qui met en relation apprentis et artisans certifiés avec ceux qui ont besoin d’eux, et des travaux de surveillance réglementaire. Le partenaire namibien pilote, et nos équipes construisent et maintiennent la plateforme qui le soutient.
Au Botswana, nous sommes le partenaire de livraison numérique d’un intégrateur de systèmes local sur un programme d’installations, de sécurité et d’IoT. L’intégrateur est responsable du périmètre physique et de la relation client. Nous livrons le logiciel, l’intégration et les données.
Aucun de ces projets ne fonctionne comme un contrat offshore. Chacun est une capacité identifiée, livrée avec quelqu’un qui sera toujours dans le pays quand nous n’y serons plus.
Chaque colonne apporte ce que les deux autres ne peuvent pas apporter. Les flèches vont dans les deux sens à dessein : un dispositif qui ne circule que vers l’extérieur est un canal de vente.
Ce qu’apporte le marché partenaire
Si le dispositif ne fonctionnait que dans un sens, ce serait un canal de vente aux manières plus polies.
Le marché partenaire apporte ce qu’aucune des deux bases ne possède : le mandat national. Les relations, le régulateur qui connaît le partenaire, les règles de marchés publics avec lesquelles le partenaire travaille depuis des années, et les utilisateurs qui vivront avec le système. De plus en plus, il apporte aussi une exigence de souveraineté. Plusieurs gouvernements africains l’inscrivent désormais dans leur stratégie nationale : des données nationales détenues, gérées et protégées à l’intérieur des frontières. Beaucoup d’entreprises technologiques internationales y voient un obstacle. Nous la traitons comme un cahier des charges. Nous déployons dans les locaux du client, dans son propre cloud ou dans un environnement que nous hébergeons, et nous livrons en anglais et en français en standard : une exigence de souveraineté correspond déjà à notre manière de construire.
La même logique va plus loin. En Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest francophone, l’échelle démographique et les ouvertures politiques sont réelles, tout comme le besoin de partenaires de livraison capables de travailler en français. Le schéma est partout le même : construire la capacité dans le pays d’abord, puis la porter vers le marché suivant.
Là où les textes n’ont pas suivi
La carte des conventions est inégale, et mieux vaut le savoir avant de bâtir un plan dessus.
Maurice a des conventions fiscales en vigueur avec le Botswana et la Namibie. La convention avec la Zambie a été dénoncée avec effet à la mi-2021 : une structure mauricienne apporte donc moins qu’auparavant sur le plan fiscal en Zambie, et l’argument y repose sur la protection des investissements et le droit des contrats. En Afrique de l’Est, les conventions avec l’Ouganda et le Rwanda sont en vigueur, celle avec le Kenya est signée et attend sa ratification, et plusieurs autres sont en négociation. L’appartenance commune à la SADC ou au COMESA règle moins de choses qu’on ne le pense.
Dresser la liste des lacunes est utile. Un partenaire qui les connaît à l’avance peut en tenir compte dans ses plans.
Ce que cela signifie pour un partenaire qui choisit avec qui travailler
Trois tests, qui s’appliquent à nous autant qu’à n’importe qui.
Demandez où se trouve physiquement chaque capacité, et demandez au fournisseur de nommer la lacune avant que vous ne la trouviez vous-même. Un fournisseur qui affirme que chaque base fait tout décrit une brochure.
Demandez ce que la partie locale y gagne. Si la réponse est des emplois à une date indéterminée, le dispositif est un canal de vente. Si la réponse est une capacité identifiée, construite dans le pays, selon un calendrier dont quelqu’un devra répondre, c’est un partenariat.
Commencez par quelque chose d’assez petit pour pouvoir échouer sans dommage. Nous démarrons par un court sprint rémunéré de quatre à six semaines, qui met quelque chose de fonctionnel entre les mains de ceux qui devront vivre avec. Si cela ne fonctionne pas, vous n’y avez consacré que quelques semaines.
Notre travail en Zambie, en Namibie et au Botswana est récent, et une partie est encore en cours de contractualisation. Ce que je peux décrire avec assurance, c’est le fonctionnement des deux bases, le rôle de chacune et ce à quoi ressemble ce modèle quand il profite aux deux parties. Mieux vaut arriver tôt et avec patience que tard et avec certitude.
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